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Point de vue

Tribune de Bernard Giani, éditeur

Je me permets d’apporter ma vision personnelle en tant que photographe illustrateur et Editeur des magazines Terre de Provence Alpes Méditerranée, Terre de Bretagne, Terre de Corse et Terre des Alpes. Egalement éditeur des livres de la collection Sequoia Editions.



Si certains gros éditeurs profitent de la crise pour étrangler les photographes et les petites agences photos (s’il en reste encore), une grosse partie des éditeurs de magazines indépendants hors groupes tels que, Prisma, Hachette Mondatori et consorts, on vu leurs ventes s'effondrer de 30 à 50 % à certaines périodes de l’année durant les 4 dernières années. Les recettes publicitaires ont chuté d’au moins 25 à 35 % en 2008 et 2009. Dans ces conditions, il faut comprendre que les gestionnaires de ces magazines sont contraints non pour préserver les actionnaires ou les propriétaires des dites sociétés, mais pour essayer de survivre, de diminuer le montant des piges photos et textes.


Pour ma part gérant de la société séquoia Editions, j’ai assuré la continuité de l’activité en ne touchant pas mes rémunérations certains mois et en serrant tous les postes budgétaires. Nos concurrents tels, Pays de Provence, géré par les éditions Milan aujourd’hui propriété de Bayard Presse ont cessé de paraître.
Dans les piges photo, il faut faire la différence entre une image publiée et un reportage de plusieurs pages qui peut être à mon avis négocié entre photographe et éditeur.

 

D’autre part en ce qui concerne les photos D.R. certaines ont été achetées avec les droits pour la promotion de leur organisme par les offices de tourisme et CRT des régions et sont donc utilisées normalement par les  magazines avec mention D.R. Ou avec le nom du photographe si mentionné.

En tant que photographe ayant collaboré avec diverses agences et magazines dont VANDYSTADT, je suis particulièrement attentif aux droits et au cout de production d’une image.
En tant qu’éditeur, je suis contraint de rentrer dans une enveloppe budgétaire maximum et de composer avec.

Il faut souligner que certains photographes ont coupé voilà quelques années la branche sur laquelle ils étaient assis en cédant leurs images, moyennant règlement forfaitaire, aux premiers CD libre de droits. Porte ouverte aux agences telles Fotolia qui bradent à foison la création photo.
Mais aujourd’hui, tous les graphistes, éditeurs de plaquettes ayant besoin d’une photo pour une vignette vont employer s’il le peuvent ce genre de service et c’est humain vu les budgets calamiteux dont ils disposent.

Concernant Internet
Il faut souligner qu’à part quelques grosses machineries des éditeurs déjà cités, le modèle Web est obligatoire pour un éditeur, mais l’info fournie étant gratuite, le paiement n’étant pas possible vu la culture instaurée sur le web, les sites sont des vitrines qui permettent de soutenir un tant soit peu le papier mais restent des modèles économiques couteux et non rentables.

Je suis toujours producteur d’images et comprend d’autant plus en étant aussi éditeur depuis 10 ans les problèmes des deux parties.
Il ne faudrait pas cependant prendre pour cible les éditeurs en précipitant leur chute et donc l’appauvrissement du marché pour les photographes déjà au bord de la cessation d’activité.

Il est d’autre part important de faire la différence entre les mastodontes qui ne sont la que pour engranger des bénéfices quelque soit le contexte, détruire les éditeurs indépendants et s’accaparer le secteur de l’image, de l’édition, de la Presse et les indépendants passionnés qui ont la même philosophie que Gérard Vandystadt dans son activité d’agence photographique.


Pour mémoire , j’ai géré de 1989 à 1991 Vandystadt Sud et connaît bien le problème de survie des agences photo, qui est devenu quasiment insoluble pour les indépendantes.

Il ne faut pas se tromper de cible et confondre Hachette ou Prisma Presse  avec des sociétés telles Nivéales qui édite Grand Reportages ou Montagnes Magazine, ou Séquoia Éditons, avec Terre de Provence ou encore, de titres qui luttent pour survivre dans un contexte qui risque encore de se dégrader dans les mois à venir.

Ceux qui collaborent avec nos supports savent que j’ai toujours essayé d’être juste et équitable entre l’éditeur et les photographes et journalistes.

Comme tout le monde j’ai resserré les piges photo en essayant de rester décent par rapport aux photographes.
Il ne faudrait pas que sous la pulsion de la colère légitime, les photographes se trompent de combat et précipitent par trop de rigidité la cessation de publication des seuls éditeurs encore en lice pour défendre la pluralité de la presse magazine.

Peut-être demain serons-nous aussi obligés de cesser nos parutions si le contexte continue à se dégrader en laissant le champ libre aux groupes financiers pour dépecer ce qu’il reste du monde de l’édition.
Je pense que les photographes auraient tout intérêt à marcher main dans la main avec les éditeurs honnêtes et équitables plutôt que de tirer à vue, pas forcément sur la bonne cible, au risque de ressembler aux partis d’extrême gauche qui oublient d’avoir un minimum de discernement envers les gestionnaires d’entreprise, en faisant l’amalgame entre PMI et patrons du CAC 40.

 


Bernard GIANI

Directeur des Publications
Sequoia Editions
Terre de Provence Alpes Méditerranée

 


Catégorie : Point de vue | Date de publication : 11/06/2009


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