Ballade réflexive sur photo/image
Nous sommes envahis d’images, il y en a plus que l’œil ne peut en percevoir, et dans le langage courant, image et photo, c’est la même chose. Pourtant, une photo peut devenir une image, pas l’inverse. Étymologie : image, ce qui imite, ce qui ressemble ; représentation d’un objet (dans l’eau, dans un miroir) ; représentation de quelque chose (homme à l’image de Dieu, le pauvre à l’image de la piété) ; représentation des objets dans l’esprit (imagination) ; sens figuré : métaphore, similitude.
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Essayons donc un peu de nous amuser : une image est ce que nous avons en tête, une espèce de composition faite de mots, d’objets, d’émotions, de sensations, de passions, de contrariétés, de guerres, conflits et plaisirs. La photo, elle, est dehors, dans la rue, en dehors de nous, c’est elle qui va se jeter sur nous, nous affecter ; ou plutôt nous – les photographes – qui allons nous jeter sur elle, la capturer, la mettre en scène, en faire quelque chose, qui dans le meilleur des cas deviendra une image – c’est-à-dire sera à nouveau à l’intérieur de nous.
On ouvre les pistes : vous n’êtes pas sans savoir que, à plusieurs reprises, les photos que certains d’entre vous ont faites et vendues ont été considérées par des tribunaux comme sans qualité artistique, et donc ne donnant droit à aucune – sorte – de propriété intellectuelle. Avez-vous pensé – nous nous battons d’abord, parfois avant de réfléchir – qu’une telle décision implique que le réel, le monde, sont là, à tout moment, à notre disposition, et qu’il n’y a plus qu’à re-produire, recopier en quelque sorte ?
1° Le réel ne se reproduit pas, pour la bonne raison qu’il n’existe pas, nous le construisons, le détruisons, le machinons, le détériorons, mais à coup sûr nous l’inventons à tout moment. Une femme avec les jambes rasées de près, maquillée, pomponnée, avec des cheveux blonds or ou rouges, ça n’existe pas, c‘est une construction qui est sortie d’une série d’images – dans la tête d’une foule de types réunis qui sûrement s’ennuyaient ferme. D’ailleurs la preuve, c’est que, 50 ans avant ou 50 km à côté, ce n’est pas du tout cette image là qui est recherchée. Avec le paysage, c’est la même chose : vous croyez vraiment que ça existe, un paysage ? Les arbres se mettent côte à côte pour vous donner un sentiment romantique de la nature, et comme par hasard, le soleil vient juste se coucher sur la ligne du rideau d’arbres…Bien sûr les hommes ont aménagé l’espace d’une façon plutôt que d’une autre, par commodité en général, pour que les bêtes passent, pour que l’eau se répande, …mais c’est nous – nos images intimes – qui collons des émotions sur un morceau de terre, un groupe d’arbres, un nuage.
2° Si la photo ne reproduit pas le réel, est-elle alors le produit d’une sorte d’imagination – ce qui demeure quand il n’y a plus rien à voir, à regarder ?
Dedans/dehors : Godard dit souvent dans ses films : « L’homme, c’est celui qui va dehors et la femme elle, c’est l’intérieur » (Ouf ! Journée de la femme passée, je ne cherche pas à garder les femmes au logis, je vais encore avoir le prix Citron comme André XXIII : il ne suffit pas de porter des jupes, il faut encore avoir quelque chose dans la tête). Je m’égare, me direz-vous ? Mais non !! Le monde des hommes, des femmes, des images, des paysages, est réparti comme tout le reste, dehors/dedans. Pour prendre une photo il faut donc être dehors (?) en tous les cas avoir quelque chose en face de soi, différent de soi, un objet qui n’est pas soi, pas à l’image de soi.
En fait, chemin faisant, l’idée me vient qu’on parle d’images quand il y a trop de photos – qu’elles ne valent, ne coûtent rien, ne disent rien…Alors qu’en fait une photo devient image quand elle est entrée dans la mémoire collective, la petite vietnamienne nue, le gamin avec l’étoile jaune sur sa veste levant les mains, des vagues sur un corps féminin…. Ce n’est plus du reportage, ce n’est plus tel objet, telle personne, ça devient un objet représenté et appartenant à l’humanité. C’est de l’humain fabriqué par une machine chimique captant lumière et ombre et qui imprime sur le papier – ou dans nos cortex – quelque chose que nous ne savons pas dire autrement…
Fin de la première ballade. Je vous laisse rêvasser. Exercice pour la prochaine fois : c’est un mec (des « enfoirés ») qui photographie des clodos. Tout le monde trouve ça nul. Ayant besoin d’argent et connaissant l’esprit pointu des gens en place, il dit : « Mais ce sont de faux clodos, ce sont mes copains, acteurs, qui ont posé. Et hop !!! succès !!!! Photo, image ? Réponse dans le prochain épisode.
Bises affectueuses,
L’enfant des faux-bourgs
Catégorie : Point de vue | Date de publication : 17/04/2009
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